{"id":14888,"date":"2023-04-05T19:53:46","date_gmt":"2023-04-05T17:53:46","guid":{"rendered":"http:\/\/lateliersouslestoits.free.fr\/blog\/?p=14888"},"modified":"2023-04-05T19:54:54","modified_gmt":"2023-04-05T17:54:54","slug":"leveil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lateliersouslestoits.pages-perso.free.fr\/blog\/index.php\/2023\/ateliers-ecriture\/atelier-buissonnier\/leveil\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9veil"},"content":{"rendered":"\r\n<p>Le vide, le silence, une respiration sans urgence et sans enjeu. Comme c\u2019\u00e9tait bon. Cela n\u2019avait dur\u00e9 que 30 secondes. La sonnerie avait bris\u00e9 cet exercice de silence et tout un monde avait d\u00e9boul\u00e9. Un monde de cris et de col\u00e8res. Tout ce qu\u2019elle d\u00e9testait. Ces affiches racoleuses, ces slogans aguicheurs, ces pol\u00e9miques cathodiques. Elle n\u2019en pouvait plus. Elle \u00e9tait ext\u00e9nu\u00e9e, fripp\u00e9e comme un torchon au sortir d\u2019un essorage \u00e0 douze cents tours minute. Deux larmes naquirent aux plis de ses yeux.C\u2019\u00e9tait cela, la conscience d\u00e9nu\u00e9e de sens l\u2019attristait. Tous couraient, s\u2019excitaient \u00e0 la conqu\u00eate du pouvoir ou de la reconnaissance. La profondeur et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 avaient d\u00e9sert\u00e9 la plan\u00e8te. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence la barbarie et la vulgarit\u00e9 r\u00e9gnaient. C\u00e9cile \u00e9tait boulevers\u00e9e par la puissance de ces trente secondes. Jamais au cours de ses s\u00e9ances de yoga ou m\u00eame lorsqu\u2019elle avait exp\u00e9riment\u00e9 certaines plantes sacr\u00e9es, elle n\u2019avait eu ce genre de r\u00e9v\u00e9lation. Comme une enfant, une marguerite \u00e0 la main, elle d\u00e9couvrait son monde int\u00e9rieur. Elle d\u00e9daigna, sa qu\u00eate ass\u00e9n\u00e9e de f\u00e9minit\u00e9, toutes ces injonctions \u00e0 la mode, son attrait pour la possession, toutes ces valeurs naus\u00e9abondes. Elle d\u00e9taillait tout un tas de sensations nouvelles qui s\u2019\u00e9veillaient en elle. Un plaisir d\u2019\u00eatre, de vivre, de ressentir, la submergeait. C\u2019\u00e9tait comme une renaissance. Elle posa son crayon, regarda chacun des participants, se leva et quitta l\u2019atelier d\u2019\u00e9criture, sans un regard ni un mot pour l\u2019assembl\u00e9e \u00e9bahie. D\u00e9marrer cette s\u00e9ance d\u2019\u00e9criture par trente secondes de silence avait \u00e9veill\u00e9 un volcan en elle. Elle abandonnait le regard que le monde portait sur elle. En claquant la porte, elle sentit une fra\u00eecheur dans sa bouche. Inutile de l\u2019\u00e9crire se dit-elle, le vivre pleinement valait bien plus. Apr\u00e8s cinq \u00e9tages qu\u2019elle d\u00e9vala, la lumi\u00e8re d\u2019un \u00e9t\u00e9 h\u00e9sitant, l\u2019accueillit en lui faisant cligner les yeux. Elle se sentit belle d\u2019\u00eatre elle m\u00eame et cela la remplit. Ses pens\u00e9es prirent un tour qui l\u2019\u00e9tonna. Elle d\u00e9cida sans r\u00e9fl\u00e9chir aux cons\u00e9quences, qu\u2019elle ne rentrerait pas pour rejoindre Philippe. En levant les yeux, elle d\u00e9couvrit la tour de la Gare de Lyon qui lui agitait l\u2019heure sous le nez. Il \u00e9tait l\u2019heure de tout changer, de se laisser aller, de renverser la table, de tout quitter sans se retourner. Quand elle entra dans la gare, le brouhaha si particulier de ces arriv\u00e9es et d\u00e9parts l\u2019enjoua. De regarder le tableau d\u2019affichage avec ces destinations ensoleill\u00e9es la raffermit dans son choix. Marseille lui tendait les bras. Le bleu la r\u00e9clamait. Sa famille y \u00e9tait pass\u00e9e en provenance du Magreb. C\u2019est l\u00e0 \u00e0 nouveau, que tout commencera pour C\u00e9cile.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le vide, le silence, une respiration sans urgence et sans enjeu. Comme c\u2019\u00e9tait bon. Cela n\u2019avait dur\u00e9 que 30 secondes. La sonnerie avait bris\u00e9 cet exercice de silence et tout un monde avait d\u00e9boul\u00e9. 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