Il a perdu un bouton, en forme de biscuit. Il a mangé un biscuit, en forme de bouton. Ça a le goût du chocolat fondu : c’est une recette à l’ancienne, il paraît, digne d’une cuisson au chaudron, avec une pincée de sel, un brin de potion magique. La sorcière de l’Ouest garde le secret des ingrédients pour que son petit ange s’émerveille à chaque bouchée croquante.
David change de chaîne machinalement sur la télécommande. Il se ravise, ça ne sert plus à rien de changer de chaîne avec le replay et les plateformes de streaming. Il faut juste savoir ce dont on a envie à l’instant t : d’un bouton en forme de biscuit ou d’un biscuit en forme de bouton ?
La page d’accueil de la plateforme est infinie. Que choisir ? Un film ? Une série ? Dans quelle langue ? Ils parlaient de quoi à la pause-café les collègues la dernière fois ?
Tout au fond du jardin, il y a un magnolia. Enfin, c’était dans le jardin d’avant. C’était l’arbre qui cachait la forêt. Constance l’a laissé derrière elle. Il était beau et majestueux pourtant, mais il appartient à sa vie d’avant. Elle surplombe la colline et toise tous les arbres verts, rouges, ocres devant elle. À trois, elle dévale la pente en courant. Elle hésite à s’allonger au sol et rouler jusqu’en bas. Elle repère des herbes hautes. L’endroit idéal pour ces roulades d’enfant. Elle entend le sifflet du train au loin. Son top départ. Elle marche d’un bon pas, tente une prise de vitesse. Elle crie, elle rit. Son écho lui répond amusé. Le générique de fin déroule au moment où Constance se jette à corps perdu dans les herbes folles.
David se lève pour se faire une tasse de thé, il ajoute du miel au thym pour apaiser sa gorge irritée par les courants d’air des couloirs du métro.
On est dimanche matin. Il aimerait faire autre chose que s’affaisser devant la télé. Il prend son téléphone, s’arrête sur son application de rendez-vous sportifs. Le cours de yoga commence dans moins d’une heure. Il s’inscrit. Il saute à la douche. Il sera au moins sorti de chez lui, il aura au moins fait quelque chose de son dimanche. Il laisse sa tasse dans l’évier. Elle ne se lavera pas toute seule, mais ce matin d’hiver, le ciel est étonnamment bleu et le soleil traverse les vitres pour l’appeler dehors. David l’a peut-être oublié ce soleil d’hiver. Qui sait ?
Il enfile un jogging un peu lâche, un T-shirt, une veste à capuche, ses baskets. Il ferme sa doudoune et enfonce son bonnet sur la tête.
David arrive tranquillement, salue d’une voix basse les autres participants. Tous assis sur le tapis, ils inspirent, expirent pour débuter la séance.
Il s’était réveillé à 4h du matin comme ça, sans raison, même pas par une envie de faire pipi. Ce n’était pas non plus le décalage horaire. C’était peut-être quelque chose dans son rêve qui lui avait dit « réveille-toi, il y a quelque chose à voir ». Les mots et les images se sont mélangés, il ne savait plus ce qui tenait du réel, du demi- sommeil ou de sa future réalité.
Pendant la séance de yoga, son esprit fait des va-et-vient entre l’instant présent et les quelques minutes qui ont suivi son réveil plus nocturne que matinal. Il essaie de retrouver le message, de l’entendre à nouveau. Un message de l’au-delà ? Il ne croit pas. Sa petite voix intérieure ? Elle est en plein sommeil profond depuis un moment. Alors qui ? Quoi ? Un battement de cœur ? Une pulsation ? Des connexions de neurones ? Un court-circuit qui parle d’un héritage inattendu ?
David revient à sa séance de yoga. L’heure est bientôt terminée, ils ont fait quelques fois la position du chien tête en bas, puis celles du guerrier. David apprécie retrouver une forme d’équilibre pendant ces séances, une forme d’ancrage aussi.
Il sourit, il est fier d’avoir surmonter la procrastination d’un dimanche d’hiver. Il ira sûrement manger à une terrasse chauffée en face du parc. Il prendra un café au lait, un biscuit en forme de bouton avec du chocolat dedans. Il commandera des pancakes avec du sirop d’érable aussi et des œufs brouillés.
Il a glissé son livre dans son sac à dos, il lui reste une centaine de pages à lire. Il aime la sensation que lui procure cette lecture. Un moment en suspension. La télé, le streaming ne lui permettent jamais cela, bien au contraire.
Il se rend compte qu’il ne connaît plus aucune référence de ses collègues à la machine à café. Il vit les films et les séries par procuration, à travers le ressenti des collègues. Il leur dit souvent : ça a l’air top, je vais l’ajouter dans ma liste.
Mais les heures sont précieuses, le temps défile. David ne veut plus passer des week-ends entiers sous la couette pour voir tous les épisodes. Ça perturbe ses nuits, ça perturbe ses rêves.
La nuit dernière, il s’est réveillé à 4h du matin, en entendant quelque chose, une voix, un son, un signal. Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
Namasté final. Des « bon dimanche » suivent en remettant les manteaux et les chaussures. Le ciel est toujours bleu. Le soleil d’hiver, insistant. David se lance à travers la ville, étonnamment calme pour se rendre dans un café avec vue, avec brunch, et tout simplement avec envie.
Il traverse le parc, se dirige côté ouest. Il reste quelques traces de neige et de glace des précédentes précipitations. Des écureuils s’affairent, se perdent, se retrouvent. Les chiens sont tenus en laisse. Les joggeurs prennent de la vitesse.
David retrouve la ville de l’autre côté, traverse là où le bonhomme est vert. Il laisse le destin le guider et peut-être même sa petite voix intérieure qu’il aimerait retrouver. Il plisse les yeux sur la grande avenue. Il a le soleil en face, bien bas. Ça lui obstrue la vue comme ça l’encourage à aller de l’avant.
Son ventre gargouille. Il s’arrête pour au moins prendre son café au lait à emporter. L’endroit l’appelle, l’attire plus que son objectif premier. Il aperçoit une cour intérieure abritée sous des branches aux feuilles fines.
Il a trouvé son endroit pour bruncher et finir son livre. Il s’assoit à une grande tablée. Dans un coin pour laisser les autres s’installer où ils veulent s’ils sont venus ensemble. David survole la carte : il y a du café au lait, des œufs brouillés, des pancakes et un biscuit maison, sûrement en forme de bouton.
Sa commande passée, il ouvre son livre au marque-page. Il se remémore l’instant d’avant pour reprendre le fil. En deux phrases, il sent son corps s’arrêter, se poser, prendre de la hauteur. Il arrive tout de même à boire une gorgée de café au lait lorsque les paragraphes sont séparés par le dessin d’une tasse de café.
L’histoire se passe dans un café au Japon. Unité de lieu. L’unité de temps est plutôt fluctuante car il est question de retourner dans le passé ou d’aller dans le futur. L’unité d’action dépend du protagoniste principal du chapitre.
David pose le livre quelques instants pour dévorer ses œufs brouillés. Les pancakes seront servis après pour qu’ils restent chauds.
Il espère avoir fini son chapitre avant le dessert. Il reprend sa lecture. Il n’entend pas les conversations alentour. Ça parle plein de langues différentes. Il en comprend certaines, d’autre pas du tout. Il ne se laisse pas déconcentrer. Chaque chapitre est la fin d’une histoire fantastique, merveilleuse et douce.
Le serveur débarrasse l’assiette où il y avait les œufs, remplit son verre d’eau. Il revient une dizaine de minutes après avec les pancakes fumants et le sirop d’érable dégoulinant.
Il reste deux paragraphes à David pour finir le chapitre. Il lève furtivement les yeux pour remercier le serveur et reprend la conclusion du chapitre. Il inspire doucement, pose le livre et attaque la pile de pancakes en refaisant le déroulé du chapitre. Ça ferait une super série, pense-t-il.
David a fini son brunch. David a fini son livre. David a aussi terminé un chapitre de sa vie. Sa valise est ouverte au milieu de sa chambre. Des cartons s’empilent dans le salon. Il ne vend pas sa maison non. Il quitte cet appartement, il quitte cette ville pour en rejoindre une autre. Peut-être en Italie. Ses affaires embarqueront sur un bateau pour traverser l’océan. Elles s’arrêteront soit au Havre, soit à Gênes. Peut-être même dans un autre port.
En ce dimanche matin, il cherche encore à se faire surprendre par cette ville qui a partagé sa vie. Elle ne le déçoit pas. Son cœur balance entre l’envie de partir, l’envie de rester mais, au fond de lui, David sait qu’il doit céder la place, qu’il ne sera plus chez lui ici d’ici quelques semaines.
Il sort un cahier vert sapin, ligné pour écrire ce qui lui passe par la tête. Il commence par écrire ce qu’il a mangé pour son brunch dominical, si ça lui a plu, si c’était bon. Il s’imagine un instant critique culinaire puis sourit béatement. Pour qui se prend-il à critiquer le travail de quelqu’un qui l’a nourri avec gourmandise aujourd’hui ? Il écrit : les gens ont la critique facile. Sans plus de commentaires.
Il saute quelques lignes pour lister les villes qu’il aimerait visiter, avec lesquelles il aimerait partager sa vie. Paris ? Paris sera toujours Paris ! Londres ? Non, ça fait partie du temps d’avant. Genève ? À quoi bon ? Tunis ? Montréal ? Prague ? Sa liste devient plus un jeu de capitales qu’une véritable réflexion sur son envie profonde. Et Rome ? S’y plairait-il ? Au lieu d’un café au lait à emporter dans un gobelet en carton, il faudra qu’il se fasse à l’espresso : une gorgée de café noir serré, serré !
David ferme son cahier, paye l’addition, laisse un pourboire. Il hésite à repasser par le parc. Aller vers le nord, vers le sud ? Vers le sud, il y a des statues roses d’hommes ventrus avec une cicatrice sous le cœur, signe qu’ils ont eu le cœur brisé. Il y en a 10 disséminés. Si seulement il n’y avait que 10 personnes au monde avec un cœur brisé, le monde se porterait-t-il mieux ? David a pris le temps de cicatriser. C’est pour cela qu’il est prêt à partir désormais, à ouvrir son cœur à nouveau. Il aimerait aller faire du patin une dernière fois au cas où il irait dans un pays plus chaud l’été prochain. Il prend son téléphone pour réserver. Il a plusieurs appels manqués, mais il n’a pas envie de rappeler pour le moment. C’est pour prendre des nouvelles, pour prendre de son temps ou lui demander quelque chose : de l’argent, de vendre la maison ou de rester, revenir.
Il loue des patins, met ses bras en T pour trouver l’équilibre. La dernière fois qu’il a patiné, il avait 15 ans. Est-ce comme le vélo ? Ça ne s’oublie pas ? Il tient la rambarde, lance un pied, l’autre. Sa confiance gonfle son cœur. Un sourire illumine son visage. Il lâche la rambarde. Droite. Gauche. Droite. Il se laisse glisser. C’est magique. C’est féerique. Il est heureux de tourner en rond sur cet espace blanc et lisse. Il a carte blanche pour la suite de sa vie. Il ne fait pas trop froid. C’est le temps idéal pour reprendre le patin. La sonnerie retentit. Le temps est écoulé. Il faut sortir de la piste. David réfléchit à ce qu’il pourrait faire ensuite. Un musée ? Pourquoi pas ? Entrer par la porte en contrebas, pas par l’entrée principale, secret connu par ceux de la ville seuls.
David se ravise, il fait beau pour un dimanche d’hiver. Pourquoi ne pas faire une balade à vélo sur les bords de la rivière. Il valide sa réservation avec son téléphone. Il s’interrompt une minute en se faisant une réflexion anodine : que ferait-t-il sans son téléphone ? Autant, il réussit, petit à petit, à se défaire de la télé-vision, mais pas de son télé-phone. Cela voudrait-il dire qu’il voudrait voir de plus près mais toujours écouter de loin ?
Le vent se lève un peu. Ou peut-être pédale-t-il plus vite sans s’en rendre compte. Il remonte la fermeture éclair de sa veste à capuche, puis boutonne son manteau. Il a perdu un bouton, celui du bas, celui en forme de biscuit.
Il se demande s’il en retrouvera un quelque part ou s’il aura besoin de son manteau là où il ira, un autre endroit où il se sentira chez lui.
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PUBLICATIONS DES PARTICIPANTS
J’ai fréquenté durant plusieurs années les ateliers d’écriture Sous les Toits de Cécile et Philippe, que je viens de retrouver en novembre avec Les Petits Papiers. Depuis la pandémie, je me suis lancée un peu plus « sérieusement » dans l’écriture et mené certains projets à bien. Après « le Fils de l’autre », que j’ai déjà présenté sur ce blog, « Avenue du Père-Lachaise » est mon deuxième roman. Il est né de ce qui devait, au départ, être un recueil de nouvelles. Celles-ci étaient souvent liées les unes aux autres en une sorte de « suite », je les ai remaniées pour en faire cet OLNI (objet littéraire non identifié), qui a trouvé son éditrice, les Editions Marie Romaine, https://www.editionsmarieromaine.fr/. Ce roman choral est sorti en janvier 2024. En voici le pitchDeux femmes, trois hommes, un lieu : le cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Au fil de ce roman, des vies se télescopent, des destins se lient, des êtres se trouvent ou se séparent. Les personnages rebondissent d’un chapitre à l’autre, tous réunis dans cette mystérieuse nécropole par l’absence, le manque, le deuil, l’espoir d’une renaissance. Si la mort a un jour croisé leur chemin et redessiné leur parcours, sa présence n’arrive jamais à obscurcir cette valse mi-joyeuse, mi-tragique, au terme de laquelle l’un d’eux va disparaître.Et le lien pour découvrir le livre : https://www.editionsmarieromaine.fr/product-page/avenue-du-p%C3%A8re-lachaise-monique-blond Merci pour votre lecture !
La danse du papillon provient d’un texte court produit pendant un atelier d’écriture que j’avais suivi il y a une trentaine d’années. Par la suite, j’ai repris cet écrit à plusieurs reprises, tout en rédigeant d’autres textes sans rapport avec cette ébauche. C’est plus tard que, disposant de temps et de disponibilité d’esprit, j’ai ressorti de mon ordinateur les brouillons successifs du petit texte initial pour travailler encore et encore une histoire dont je ne savais pas très bien où elle allait. Et petit à petit, quelque chose a commencé à prendre forme, qui s’était éloigné du tout premier texte d’atelier, qui puisait aussi dans d’autres textes moins anciens et se nourrissait de fragments nouveaux, parmi lesquels des ébauches écrites pendant des séances de l’Atelier sous les toits. Le soir, des personnages s’invitaient dans mes rêveries, rechignant parfois contre ce que je venais de leur faire faire ou contre le prénom que je leur avais donné, formant petit à petit l’histoire à ma place. Je griffonnais quelques notes et le lendemain, j’essayais de traduire ces notes en écriture… essais parfois fructueux, pas toujours ! Parvenir à la forme aboutie de La danse du papillon m’a pris plus de six ans. Si je reviens sur ce travail d’écriture, je peux distinguer plusieurs aspects. D’abord, le travail de la phrase : portée à écrire de longues phrases pleines de digressions et d’incises dans tous les sens, j’ai dû énormément les retravailler. Pendant plusieurs années, j’écrivais chaque jour un ou deux paragraphes, ou seulement deux ou trois lignes, et je les raturais et les réécrivais indéfiniment les jours suivants en me disant que c’était nul, et moi avec. L’écriture de La danse du papillon m’a servi d’exercice d’écriture mais aussi, en étant aussi quotidiennement présente, m’a coupée d’autres formes, comme par exemple la forme poétique dont je me suis éloignée à regret. Ensuite le travail de la structure : comment organiser l’histoire, présenter les évènements, ménager un certain suspens. Longtemps, le récit n’avait aucune structure, probablement aussi parce que les grandes lignes de l’histoire n’étaient pas encore clairement définies. Puis, quelque chose a « pris » et la structure est apparue. Evidemment, je n’avais pas fait de frise chronologique et mes personnages apparaissaient n’importe quand, à rebrousse-temps : pourquoi pas, en théorie, un récit temporellement déstructuré, mais cela ne se prêtait pas à l’histoire que je voulais raconter. Je me suis donc emmêlé les pinceaux jusqu’à ce que ça tienne à peu près et que je déclare la structure achevée. Désireuse d’en finir, je n’ai pas écouté la petite voix intérieure qui tentait de me dire qu’en fait la structure était bancale. Cécile, à qui j’ai confié la relecture de la première version de ce récit dans le cadre de l’Atelier Face à Face, m’en a aussitôt fait la remarque. Il a fallu me remettre à la tâche, couper, tailler et retailler et m’apercevoir qu’avec la nouvelle combinaison, ça ne collait plus, des évènements se produisent dans le mauvais sens, des gens mouraient avant d’être nés etc…. Finalement, ça c’est fait, en quelques mois. La manuscrit terminé, j’en ai éprouvé à la fois de la joie et de la légèreté. Je n’avais pas l’idée que cet écrit puisse être publié. Je l’ai offert à mes proches en format A4 et c’est de mon entourage qu’est venu l’encouragement à chercher un éditeur… J’ai mis du temps à faire la démarche, je ne me sentais pas légitime et je me demandais ce qu’un bouquin de plus viendrait ajouter à des masses et des masses de livres publiés chaque semaine…. Nombreux ont été les refus implicites (pas de réponse sous 4 mois signifie un refus) et les refus par courrier, certains assortis de commentaires encourageants, jusqu’à ce que les éditions de l’Harmattan acceptent de le publier. Je continue à me demander si publier est une fin en soi : ce qui a compté le plus, c’est d’avoir écrit. Mais maintenant, je ne peux plus faire abstraction du fait que ce livre est publié et c’est vrai que savoir son texte lu par d’autres yeux, d’autres oreilles, par des âmes éloignées que l’on ne connaît pas, et parfois en recevoir un témoignage, c’est tellement fort ! D’une certaine façon, on en fait l’expérience à une autre échelle en atelier d’écriture ou dans le blog de l’Atelier : le partage de ce que l’on a écrit, le retour des lecteurs ou des auditeurs (selon la forme de l’atelier) est une expérience du risque, de la remise en question mais aussi du partage et de la joie. La danse du papillon se commande dans toutes les librairies, sur les sites de vente en ligne et sur le site des éditions de l’Harmattan : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_danse_du_papillon_aliette_zumthor_sallee-9782140294846-74491.html
Tout est parti d’un courrier de lecteur, découvert en septembre 2019 : un professeur de physique-chimie reconnaît, dans sa classe, le fils de son ancien harceleur, qui ressemble trait pour trait à son père. Il s’inquiète auprès de la psychologue de sa réaction possible envers cet élève : ne sera-t-il pas tenté de lui faire payer les persécutions du père, même inconsciemment ? La thérapeute lui répond, entre autres choses, qu’il y a là matière à écrire un roman ! Le samedi, à l’atelier Petits Papiers, chez Cécile et Philippe, je choisis d’écrire un texte inspiré de cette histoire, au gré des fameux « petits papiers ». Les retours plutôt positifs m’encouragent à peaufiner à la maison ma nouvelle Le Portrait de son père, que j’envoie à trois ou quatre revues. L’envie d’aller plus loin ne me quitte pas et je m’inscris à un atelier Premier Roman (en formation pro), pour transformer la nouvelle en roman. En avril 2020, la revue Brèves m’appelle pour m’informer qu’elle souhaite publier Le Portrait de son père dans son numéro 116 (collectif « Jeunesse »). Cela renforce encore ma motivation pour le roman, dont j’achève le premier jet en juin. Je poursuis la réécriture les mois suivants. En plus des retours obtenus en atelier, je fais « diagnostiquer » mon texte en janvier 2021 par un site professionnel, puis, après l’avoir remanié, je commence à envoyer mon manuscrit à des éditeurs en septembre 2021, assorti d’une lettre de présentation longuement travaillée, d’un synopsis, etc. Je continue mes envois jusqu’en mars 2022. Sur la quarantaine d’éditeurs contactés, j’obtiendrai six réponses, toutes négatives, mais parfois encourageantes (quand même !). Enfin, en avril 2022, un éditeur (IGB) me téléphone : il a aimé mon roman, mais attend d’avoir l’avis de son comité de lecture et de son associée pour me donner un accord définitif. La même semaine (!), les Editions Il est Midi me contactent à leur tour pour me proposer directement un contrat. C’est avec eux que je signe, en juin 2022. Mon roman, le Fils de l’autre, sort le 10 octobre. L’expérience a été intéressante, même si le livre n’est vendu que sur commande (en librairie, à la Fnac, chez Amazon et sur tous les sites marchands), donc peu visible. Par ailleurs, Il est Midi n’organise pas de dédicaces et ne participe pas à des salons. Enfin, je n’ai jamais rencontré mes éditeurs, nous n’avons échangé que par mail et au téléphone. J’ai donc réalisé moi-même mon dossier de presse et obtenu deux chroniques (sur Femina.fr et Télé-7-Jours) et deux interviews. Un club de lecture, à Pierrefonds, m’a également invitée à une journée de présentation, et je me suis inscrite à deux salons en 2023 (réponse en attente). L’aventure continue, sans bruit, mais c’est formateur… Encore merci à Cécile et Philippe, dont l’atelier Petits Papiers m’a permis de poser les jalons de mon projet. Je leur ai même volé une très jolie phrase, tirée au hasard des « petits papiers » et que j’ai gardée dans le roman, bien évidemment ! Monique Coant-Blond Pour en savoir plus sur le livre, n’hésitez pas à aller sur mes pages Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100082078084319 et Instagram https://www.instagram.com/emsie_blond/?hl=fr ou, pourquoi pas, sur le site de l’éditeur https://editions-il-est-midi.eproshopping.fr/1740324-LE-FILS-DE-L-AUTRE-Monique-Coant-Blond
LIVRES AIMÉS
J’ai aimé l’atmosphère; j’ai souri ; j’ai admiré le style; j’ai râlé de frustration lorsque je découvrais les personnages petit à petit et non bien campés en début de livre ; j’ai frémi devant le suspens de l’histoire et des personnages; je me suis laissée bercer par l’ambivalence constante entre rêve et réalité; j’ai été touchée quand j’ai enfin compris les visites d’amitié et de souvenirs de ce groupe hétéroclite et j’ai même versé une larme en refermant le livre.
En passant dans le rayons BD (au RDC, pour les grands, pas au 3e chez les enfants) d’une médiathèque, je me suis arrêtée sur Profession du père, de Sébastien Gnaedig. C’est une adaptation du roman de Sorj Chalandon. Je vous le dis tout de suite : je n’ai pas lu la version sans images. Mais la version adaptée a renforcé l’envie de la découvrir, même si je peux m’attendre à une violence accrue. En noir et blanc, en quelques dessins, l’intensité est présente. La dérive d’une homme dans une période sombre de l’histoire de France. « Les événements » dans nos livres d’histoire, pour ne pas dire « la guerre » d’Algérie. Je ne sais pas ce qu’en pensent celles et ceux qui ont lu S. Chalandon. Cette adaptation est une introduction, une ouverture. Profession du père est publié aux éditions Futuropolis en 2018.
Le point de départ de l’auteure est que nous avons été, ou serons, toutes et tous un jour confrontés à la mort de notre mère. La narratrice, journaliste célibataire de 31 ans, décrit ce qui l’oppose à sa sœur, mariée, 2 enfants. Leur mère meurt brutalement. Assassinée. Le lecteur suit avec la narratrice l’enquête, les arrangements pour vider la maison, ce que deviennent les relations familiales et sociales lorsque l’on perd sa mère aussi dramatiquement. Des secrets vont au fil des pages transformer des vérités jusqu’ici bien établies. Il y a beaucoup d’humour dans ces pages. Et des rebondissements. Le récit m’a parlé, souvent. Mère disparue est paru en 2007, édité par les éditions Philippe Rey.
Trois livres en forme de trilogie de Deborah Levy, auteure sud-africaine vivant en Grande-Bretagne : Le goût de la vie, Ce que je ne veux pas savoir et Etat des lieux. Les ouvrages sont traduits par Céline Leroy. Une écriture très ancrée dans la vie, mais en même temps très subtile, où l’auteure à la fois s’interroge sur la présence du passé dans le présent, et très souvent décale notre regard sur des évènements très simples et quotidiens pour en dégager un aspect neuf. Elle y excelle lorsqu’elle questionne, sans verser dans la démonstration, les rapports de genre, son travail d’écrivaine, ses rêves non réalisés. Elle est souvent drôle, légère et toujours intéressante. Merci à la traduction excellente.
Le cercle des menteurs ou Contes Philosophiques du monde entier rapportés par Jean-Claude Carrière. Habituellement, le terme de « contes philosophiques » me donne envie de rebrousser chemin car c’est un genre dont le ton appuyé, l’intention de donner des leçons produit souvent des textes ennuyeux et « voulus » (ce n’est que mon avis !). Ici, c’est tout le contraire : histoires courtes, du conte à la blague, racontées avec le brio qu’a Jean-Claude Carrière pour s’exprimer. Si l’on connait sa voix, on a l’impression en lisant qu’il est présent et qu’il conte à haute voix. Le premier comme le deuxième tome sont des régals. (en photo le deuxième tome)
Un texte très court (78 pages) sur la maladie contractée à son travail par le père du narrateur. Ce que j’ai aimé dans cette écriture, c’est que sous l’apparente pauvreté émotionnelle du texte, l’auteur, en nous livrant la stricte description des faits et gestes des protagonistes, sans à aucun moment ne juger quiconque, nous laisse toute la place pour mobiliser notre propre émotion et penser par nous-mêmes.
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