Regarder au-dessus du mur. Dessus, un dessin à la bombe. Dessus, des impacts de balle. Dessus, une peinture qui s’effrite. Dessus, des briques dénudées. Un mur rempli d’art, de messages, d’affiches qui se décollent d’un spectacle d’un autre temps. Et puis un jour, le passage tant attendu d’un bulldozer. Des uniformes d’un côté, de l’autre, qui osent se serrer la main. Des hommes, des femmes qui se jettent dans les bras d’inconnus. Garder dans sa poche le souvenir de ce béton armé qui les a séparés pendant des années.
Dans le ciel, une pluie de fines particules, de sable, de ciment, de terre, des éclats de verre aussi. Le ciel scintille. Sous l’arche, une immense scène a été installée pour chanter sous cette pluie dorée. Le bruit des feux d’artifice remplace le bruit des mitraillettes. La bière coule à flots. Le sang versé s’est infiltré dans les failles de la Terre.
Juste aujourd’hui, les hommes, les femmes, les enfants et même les uniformes oublient ce qu’il s’est passé la veille. La foule préfère ignorer et taire les âmes tombées et les balles reçues. Aujourd’hui, ils sont tous frères. Combien de temps cela va-t-il durer ? Cette trêve sera-t-elle immuable ? La paix s’installera-t-elle dans les cœurs ? Déposer les armes définitivement, est-ce un rêve inatteignable ? Est-ce aussi improbable que de croire que deux et deux font souvent cinq ? Du vivre ensemble sans haine, sans compter ceux qui ont été tués.
Les années sont passées. D’autres murs ont été érigés. D’autres bombes sont tombées. La trêve cherche à s’installer, à s’éparpiller. Rien n’y fait. Ça s’embrase toujours quelque part. Parfois loin, parfois aux portes d’anciens points de contrôle.
Le sang englouti dans le sol circule et coule. Comme l’eau, il trouve toujours un chemin, une issue, une sortie. Il ressort sans aucune préméditation et fait remonter la violence, la haine, la bêtise humaine. Le sang, c’est censé rester dedans pour faire vivre et faire battre les cœurs. S’il sort, c’est peut-être qu’il veut regarder au-dessus du mur. S’il éclabousse, c’est peut-être parce qu’il appelle à la révolution, qu’il est épris de liberté.
Dans le sol, dans le ciel, il y a de la poudre à canon. Le sol rougit, brunit du sang séché. Le ciel s’assombrit, même en plein été. Dans le bunker, les hommes, les femmes, les enfants regardent le sol, chacun seul dans l’attente de pouvoir revoir le bleu du ciel, le vert des arbres. Certains croisent les bras contre leur torse pour sentir leur cœur battre encore. Des enfants tiennent la main de leur mère pour que leurs cœurs ne fassent toujours qu’un. Le silence est lourd. Les respirations sont suspendues. Ils sont là sans être là. Ils sont là avec une envie d’ailleurs. Un ailleurs où la trêve a gagné, un ailleurs où la paix est installée.
Noah attend calmement. Il n’a plus peur. Ou plutôt la peur fait partie de lui et il l’a apprivoisée. Il s’en convainc, c’est sa survie qui est en jeu.
Il est sorti du bunker, il sert fort la main de sa mère. Ils marchent côte à côte. Ils ont l’impression d’être eux deux uniquement. Ils marchent sur des décombres, la poussière vole et s’installe sur leurs cheveux, leurs habits. L’apocalypse. La fin du monde.
Ni Noah, ni sa mère ne voient les autres qui se tiennent par la main. Des 2 + 2 qui font cinq. Il faudrait que ça fasse encore plus. Personne ne parle. Ils marchent droit devant. Le soleil perce dans le ciel assombri. Vont-ils retrouver leur maison dans les débris ? Le bruit du vent est assourdissant. Des larmes coulent silencieusement laissant des rigoles noires sur les joues.
Noah ne lève pas les yeux vers sa mère. Son regard est déterminé et noir. Il suppose que sa mère a le même mais qu’il reste rempli de douceur. Il sert sa main un peu plus fort. Il aimerait savoir où ils vont, il n’ose plus poser la question. Il a compris un peu trop tôt que personne n’avait la réponse. Allez où le vent mène, ça donne l’illusion de liberté. S’éloigner de sa terre natale, ça laisse une cicatrice éternelle.
Ce soir, Noah est passé devant un abribus pour se protéger de la pluie. Une femme attendait le bus. Il lui a tendu le sac qu’elle avait oublié sur le banc. Le bus s’est éloigné. La femme aussi. Noah a quitté l’arrêt et a continué son chemin. Sur le sol, une flaque de sang. Il l’a reconnue à l’odeur. Sur le béton, en pleine nuit, ça ne se voit pas. Mais Noah sait avant même de repérer l’endroit. Il entend gémir, il entend des pas courir.
La pluie continue à faire des clapotis. Elle lave le sang qui coule vers une plaque d’égout. L’odeur reste tenace. Sans voir l’homme au sol, Noah sait s’il va survivre ou non. Ça lui permet de prendre une décision. Il est tard, il fait nuit, il pleut. Sur le banc, la dame a fait tomber un linge blanc. Noah le ramasse et le pose sur la blessure béante.
Il appuie fort pour stopper l’hémorragie. Il évite de croiser le regard de l’homme au sol. Il attend que la respiration se fasse plus régulière. Il tâte l’homme qui commence à paniquer. Noah trouve le téléphone dans la poche du jeans, le sort et le pose dans la main de l’homme au sol. Sa respiration émet une sorte de soulagement.
Noah se redresse et s’éloigne. L’odeur du sang reste imprégnée dans son âme. Il n’a plus de larmes depuis longtemps. Il n’a plus de sourire depuis plus longtemps encore. Il marche sous la pluie fine. Il ne met jamais de capuche et ne prend jamais de parapluie. Il aime la pluie, il aime l’odeur de la pluie. Il aimerait qu’elle prenne définitivement la place de l’odeur du sang.
Chaque fois que la météo le permet, il sort marcher sous la pluie. Il a remarqué qu’elle n’a pas la même odeur d’une ville à l’autre, à la montagne, près de la mer. Elle n’a pas non plus la même odeur selon son intensité. Des bruines réveillent le parfum des fleurs, de l’herbe. Des orages réveillent la boue, la vase. Les odeurs de la pluie sont multiples. C’est peut-être pour cela que Noah n’arrive pas à s’en imprégner, à lui faire prendre l’espace qu’il voudrait. Il marche sans cesse jusqu’à ce que la pluie cesse.
Il entend des sirènes au loin. D’un pas rapide et assuré, il se dirige vers un abri, il cherche une cave, un escalier de secours. Ses réflexes ne l’ont jamais quitté. Il attend quelques temps, il ne sait pas vraiment s’il a attendu quelques minutes, quelques heures ou toute la nuit. Quand il sort, la pluie a cessé et le jour commence à se lever. Il a probablement dû s’asseoir et fermer les yeux. Il a probablement dû s’endormir.
L’odeur de la pluie est toujours présente sur le bitume. Le temps que ça sèche.
Noah reprend sa marche et se dirige lentement vers son appartement. L’odeur de la pluie finie est douce aussi. Il arrive au pied de son immeuble. Il prend l’escalier. Une habitude ancrée depuis des années. Toujours prendre l’escalier.
Avec sa mère, ils ont choisi un appartement pas très haut. Un petit peu mais pas trop. Des réflexes de leur vie d’avant.
Il tourne la clef dans la porte. Il pose la baguette qu’il a pris en passant sur la table de la cuisine. Du pain chaud et croustillant. Noah aime aussi beaucoup cette odeur. Malheureusement, elle est trop éphémère.
Sa mère a fait couler du café. Ça embaume la pièce temporairement. Il embrasse sa mère sur le front maintenant qu’il est plus grand. Il lui prend la main tout de même, comme quand il était enfant. Son regard noir aux longs cils croise son regard doux et plein d’amour. Ils s’installent l’un en face de l’autre, tasse à café à la main, tartine beurrée avec de la confiture d’abricots dans l’autre. Ils se sont créés des rituels simples, désormais accessibles.
Le sourire de la mère se perd un instant, elle fixe une tache sur la chemise de Noah. Une tache rouge brun. Elle relève des yeux interrogateurs vers son fils. L’odeur du sang ne les quitte pas.
Noah lui murmure, ne t’inquiète pas, je n’ai rien, ce n’est pas moi. Ni victime, ni bourreau. Plus jamais, on se l’était promis. On s’est jurés de vivre pour de vrai, de vivre en paix, de faire autrement, d’oublier l’odeur du sang.
La mère de Noah essaie les soirées littéraires depuis qu’elle a appris à lire et à écrire, c’est son nouveau défi. Noah aimerait s’asseoir et boire un verre de Porto à la terrasse d’un café.
Faire partir l’odeur de sang, regarder au-dessus du mur, toujours, faire tomber les barrières. Gagner sa liberté. Chercher l’égalité. Explorer la fraternité.
Et marcher sous la pluie lorsque le ciel pleure.
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PUBLICATIONS DES PARTICIPANTS
J’ai fréquenté durant plusieurs années les ateliers d’écriture Sous les Toits de Cécile et Philippe, que je viens de retrouver en novembre avec Les Petits Papiers. Depuis la pandémie, je me suis lancée un peu plus « sérieusement » dans l’écriture et mené certains projets à bien. Après « le Fils de l’autre », que j’ai déjà présenté sur ce blog, « Avenue du Père-Lachaise » est mon deuxième roman. Il est né de ce qui devait, au départ, être un recueil de nouvelles. Celles-ci étaient souvent liées les unes aux autres en une sorte de « suite », je les ai remaniées pour en faire cet OLNI (objet littéraire non identifié), qui a trouvé son éditrice, les Editions Marie Romaine, https://www.editionsmarieromaine.fr/. Ce roman choral est sorti en janvier 2024. En voici le pitchDeux femmes, trois hommes, un lieu : le cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Au fil de ce roman, des vies se télescopent, des destins se lient, des êtres se trouvent ou se séparent. Les personnages rebondissent d’un chapitre à l’autre, tous réunis dans cette mystérieuse nécropole par l’absence, le manque, le deuil, l’espoir d’une renaissance. Si la mort a un jour croisé leur chemin et redessiné leur parcours, sa présence n’arrive jamais à obscurcir cette valse mi-joyeuse, mi-tragique, au terme de laquelle l’un d’eux va disparaître.Et le lien pour découvrir le livre : https://www.editionsmarieromaine.fr/product-page/avenue-du-p%C3%A8re-lachaise-monique-blond Merci pour votre lecture !
La danse du papillon provient d’un texte court produit pendant un atelier d’écriture que j’avais suivi il y a une trentaine d’années. Par la suite, j’ai repris cet écrit à plusieurs reprises, tout en rédigeant d’autres textes sans rapport avec cette ébauche. C’est plus tard que, disposant de temps et de disponibilité d’esprit, j’ai ressorti de mon ordinateur les brouillons successifs du petit texte initial pour travailler encore et encore une histoire dont je ne savais pas très bien où elle allait. Et petit à petit, quelque chose a commencé à prendre forme, qui s’était éloigné du tout premier texte d’atelier, qui puisait aussi dans d’autres textes moins anciens et se nourrissait de fragments nouveaux, parmi lesquels des ébauches écrites pendant des séances de l’Atelier sous les toits. Le soir, des personnages s’invitaient dans mes rêveries, rechignant parfois contre ce que je venais de leur faire faire ou contre le prénom que je leur avais donné, formant petit à petit l’histoire à ma place. Je griffonnais quelques notes et le lendemain, j’essayais de traduire ces notes en écriture… essais parfois fructueux, pas toujours ! Parvenir à la forme aboutie de La danse du papillon m’a pris plus de six ans. Si je reviens sur ce travail d’écriture, je peux distinguer plusieurs aspects. D’abord, le travail de la phrase : portée à écrire de longues phrases pleines de digressions et d’incises dans tous les sens, j’ai dû énormément les retravailler. Pendant plusieurs années, j’écrivais chaque jour un ou deux paragraphes, ou seulement deux ou trois lignes, et je les raturais et les réécrivais indéfiniment les jours suivants en me disant que c’était nul, et moi avec. L’écriture de La danse du papillon m’a servi d’exercice d’écriture mais aussi, en étant aussi quotidiennement présente, m’a coupée d’autres formes, comme par exemple la forme poétique dont je me suis éloignée à regret. Ensuite le travail de la structure : comment organiser l’histoire, présenter les évènements, ménager un certain suspens. Longtemps, le récit n’avait aucune structure, probablement aussi parce que les grandes lignes de l’histoire n’étaient pas encore clairement définies. Puis, quelque chose a « pris » et la structure est apparue. Evidemment, je n’avais pas fait de frise chronologique et mes personnages apparaissaient n’importe quand, à rebrousse-temps : pourquoi pas, en théorie, un récit temporellement déstructuré, mais cela ne se prêtait pas à l’histoire que je voulais raconter. Je me suis donc emmêlé les pinceaux jusqu’à ce que ça tienne à peu près et que je déclare la structure achevée. Désireuse d’en finir, je n’ai pas écouté la petite voix intérieure qui tentait de me dire qu’en fait la structure était bancale. Cécile, à qui j’ai confié la relecture de la première version de ce récit dans le cadre de l’Atelier Face à Face, m’en a aussitôt fait la remarque. Il a fallu me remettre à la tâche, couper, tailler et retailler et m’apercevoir qu’avec la nouvelle combinaison, ça ne collait plus, des évènements se produisent dans le mauvais sens, des gens mouraient avant d’être nés etc…. Finalement, ça c’est fait, en quelques mois. La manuscrit terminé, j’en ai éprouvé à la fois de la joie et de la légèreté. Je n’avais pas l’idée que cet écrit puisse être publié. Je l’ai offert à mes proches en format A4 et c’est de mon entourage qu’est venu l’encouragement à chercher un éditeur… J’ai mis du temps à faire la démarche, je ne me sentais pas légitime et je me demandais ce qu’un bouquin de plus viendrait ajouter à des masses et des masses de livres publiés chaque semaine…. Nombreux ont été les refus implicites (pas de réponse sous 4 mois signifie un refus) et les refus par courrier, certains assortis de commentaires encourageants, jusqu’à ce que les éditions de l’Harmattan acceptent de le publier. Je continue à me demander si publier est une fin en soi : ce qui a compté le plus, c’est d’avoir écrit. Mais maintenant, je ne peux plus faire abstraction du fait que ce livre est publié et c’est vrai que savoir son texte lu par d’autres yeux, d’autres oreilles, par des âmes éloignées que l’on ne connaît pas, et parfois en recevoir un témoignage, c’est tellement fort ! D’une certaine façon, on en fait l’expérience à une autre échelle en atelier d’écriture ou dans le blog de l’Atelier : le partage de ce que l’on a écrit, le retour des lecteurs ou des auditeurs (selon la forme de l’atelier) est une expérience du risque, de la remise en question mais aussi du partage et de la joie. La danse du papillon se commande dans toutes les librairies, sur les sites de vente en ligne et sur le site des éditions de l’Harmattan : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_danse_du_papillon_aliette_zumthor_sallee-9782140294846-74491.html
Tout est parti d’un courrier de lecteur, découvert en septembre 2019 : un professeur de physique-chimie reconnaît, dans sa classe, le fils de son ancien harceleur, qui ressemble trait pour trait à son père. Il s’inquiète auprès de la psychologue de sa réaction possible envers cet élève : ne sera-t-il pas tenté de lui faire payer les persécutions du père, même inconsciemment ? La thérapeute lui répond, entre autres choses, qu’il y a là matière à écrire un roman ! Le samedi, à l’atelier Petits Papiers, chez Cécile et Philippe, je choisis d’écrire un texte inspiré de cette histoire, au gré des fameux « petits papiers ». Les retours plutôt positifs m’encouragent à peaufiner à la maison ma nouvelle Le Portrait de son père, que j’envoie à trois ou quatre revues. L’envie d’aller plus loin ne me quitte pas et je m’inscris à un atelier Premier Roman (en formation pro), pour transformer la nouvelle en roman. En avril 2020, la revue Brèves m’appelle pour m’informer qu’elle souhaite publier Le Portrait de son père dans son numéro 116 (collectif « Jeunesse »). Cela renforce encore ma motivation pour le roman, dont j’achève le premier jet en juin. Je poursuis la réécriture les mois suivants. En plus des retours obtenus en atelier, je fais « diagnostiquer » mon texte en janvier 2021 par un site professionnel, puis, après l’avoir remanié, je commence à envoyer mon manuscrit à des éditeurs en septembre 2021, assorti d’une lettre de présentation longuement travaillée, d’un synopsis, etc. Je continue mes envois jusqu’en mars 2022. Sur la quarantaine d’éditeurs contactés, j’obtiendrai six réponses, toutes négatives, mais parfois encourageantes (quand même !). Enfin, en avril 2022, un éditeur (IGB) me téléphone : il a aimé mon roman, mais attend d’avoir l’avis de son comité de lecture et de son associée pour me donner un accord définitif. La même semaine (!), les Editions Il est Midi me contactent à leur tour pour me proposer directement un contrat. C’est avec eux que je signe, en juin 2022. Mon roman, le Fils de l’autre, sort le 10 octobre. L’expérience a été intéressante, même si le livre n’est vendu que sur commande (en librairie, à la Fnac, chez Amazon et sur tous les sites marchands), donc peu visible. Par ailleurs, Il est Midi n’organise pas de dédicaces et ne participe pas à des salons. Enfin, je n’ai jamais rencontré mes éditeurs, nous n’avons échangé que par mail et au téléphone. J’ai donc réalisé moi-même mon dossier de presse et obtenu deux chroniques (sur Femina.fr et Télé-7-Jours) et deux interviews. Un club de lecture, à Pierrefonds, m’a également invitée à une journée de présentation, et je me suis inscrite à deux salons en 2023 (réponse en attente). L’aventure continue, sans bruit, mais c’est formateur… Encore merci à Cécile et Philippe, dont l’atelier Petits Papiers m’a permis de poser les jalons de mon projet. Je leur ai même volé une très jolie phrase, tirée au hasard des « petits papiers » et que j’ai gardée dans le roman, bien évidemment ! Monique Coant-Blond Pour en savoir plus sur le livre, n’hésitez pas à aller sur mes pages Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100082078084319 et Instagram https://www.instagram.com/emsie_blond/?hl=fr ou, pourquoi pas, sur le site de l’éditeur https://editions-il-est-midi.eproshopping.fr/1740324-LE-FILS-DE-L-AUTRE-Monique-Coant-Blond
LIVRES AIMÉS
J’ai aimé l’atmosphère; j’ai souri ; j’ai admiré le style; j’ai râlé de frustration lorsque je découvrais les personnages petit à petit et non bien campés en début de livre ; j’ai frémi devant le suspens de l’histoire et des personnages; je me suis laissée bercer par l’ambivalence constante entre rêve et réalité; j’ai été touchée quand j’ai enfin compris les visites d’amitié et de souvenirs de ce groupe hétéroclite et j’ai même versé une larme en refermant le livre.
En passant dans le rayons BD (au RDC, pour les grands, pas au 3e chez les enfants) d’une médiathèque, je me suis arrêtée sur Profession du père, de Sébastien Gnaedig. C’est une adaptation du roman de Sorj Chalandon. Je vous le dis tout de suite : je n’ai pas lu la version sans images. Mais la version adaptée a renforcé l’envie de la découvrir, même si je peux m’attendre à une violence accrue. En noir et blanc, en quelques dessins, l’intensité est présente. La dérive d’une homme dans une période sombre de l’histoire de France. « Les événements » dans nos livres d’histoire, pour ne pas dire « la guerre » d’Algérie. Je ne sais pas ce qu’en pensent celles et ceux qui ont lu S. Chalandon. Cette adaptation est une introduction, une ouverture. Profession du père est publié aux éditions Futuropolis en 2018.
Le point de départ de l’auteure est que nous avons été, ou serons, toutes et tous un jour confrontés à la mort de notre mère. La narratrice, journaliste célibataire de 31 ans, décrit ce qui l’oppose à sa sœur, mariée, 2 enfants. Leur mère meurt brutalement. Assassinée. Le lecteur suit avec la narratrice l’enquête, les arrangements pour vider la maison, ce que deviennent les relations familiales et sociales lorsque l’on perd sa mère aussi dramatiquement. Des secrets vont au fil des pages transformer des vérités jusqu’ici bien établies. Il y a beaucoup d’humour dans ces pages. Et des rebondissements. Le récit m’a parlé, souvent. Mère disparue est paru en 2007, édité par les éditions Philippe Rey.
Trois livres en forme de trilogie de Deborah Levy, auteure sud-africaine vivant en Grande-Bretagne : Le goût de la vie, Ce que je ne veux pas savoir et Etat des lieux. Les ouvrages sont traduits par Céline Leroy. Une écriture très ancrée dans la vie, mais en même temps très subtile, où l’auteure à la fois s’interroge sur la présence du passé dans le présent, et très souvent décale notre regard sur des évènements très simples et quotidiens pour en dégager un aspect neuf. Elle y excelle lorsqu’elle questionne, sans verser dans la démonstration, les rapports de genre, son travail d’écrivaine, ses rêves non réalisés. Elle est souvent drôle, légère et toujours intéressante. Merci à la traduction excellente.
Le cercle des menteurs ou Contes Philosophiques du monde entier rapportés par Jean-Claude Carrière. Habituellement, le terme de « contes philosophiques » me donne envie de rebrousser chemin car c’est un genre dont le ton appuyé, l’intention de donner des leçons produit souvent des textes ennuyeux et « voulus » (ce n’est que mon avis !). Ici, c’est tout le contraire : histoires courtes, du conte à la blague, racontées avec le brio qu’a Jean-Claude Carrière pour s’exprimer. Si l’on connait sa voix, on a l’impression en lisant qu’il est présent et qu’il conte à haute voix. Le premier comme le deuxième tome sont des régals. (en photo le deuxième tome)
Un texte très court (78 pages) sur la maladie contractée à son travail par le père du narrateur. Ce que j’ai aimé dans cette écriture, c’est que sous l’apparente pauvreté émotionnelle du texte, l’auteur, en nous livrant la stricte description des faits et gestes des protagonistes, sans à aucun moment ne juger quiconque, nous laisse toute la place pour mobiliser notre propre émotion et penser par nous-mêmes.
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