L’alerte

L’alarme lance l’alerte. Le ballon rouge clignote. La sirène stridente accélère le tempo. Une décision à prendre : monter sur le toit, descendre dans le bunker. Échapper au feu, éviter les drones. Chaque seconde est décisive. Des vies sont en jeu. Un jour, tu gagnes, le lendemain, tu perds et tu ne fêtes plus jamais ton anniversaire.
Les survivants pleureront un autre anniversaire. Sur les murs d’une station de métro, des autocollants sur chaque carreau, avec des noms et une date commune. Au milieu des décombres, une anémone s’étire. Elle a pris exemple sur l’arbre survivant. Il faut qu’il y ait la vie après la mort. C’est le cycle à respecter.
Anne marche dans la ville, va-t-elle entrer dans une église, allumer un cierge, laisser couler des larmes encore une fois ? La façade de l’église est fissurée. Traces d’un tremblement de terre ? Vestiges d’une bombe passée ?
Anne est à la recherche d’une vie pleine de légèreté. Chaque pas est pourtant lourd. La crainte de se tromper de voie l’envahit. Elle sait pourtant que la vie n’est pas binaire : la vie ou la mort. Il y a un long entre deux.
Pourtant l’alerte a été donnée. C’est rouge sang, c’est bruyant. Le trépas arrive soudainement comme la dernière dose d’arsenic, celle fatale.
Dans le ciel, des missiles fusent, ils migrent comme des grues cendrées. Quel est leur objectif ?
Ils tombent sur des écoles, des enfants, des familles. La guerre vomit des victimes civiles. Le monde se tait. Le monde reste tétanisé. Le monde se confine pour se rendre invisible. Est-ce devenu ça la vie ? Avoir peur et puis se taire ?
Au bout du chemin, c’est la fin pour tous. Anne a été bercée par des fins où « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », des fins où les gentils gagnent toujours contre les méchants. Le monde donne-t-il raison aux méchants ? Qui sont-ils ces méchants ? Ceux qui tuent ?
Anne aimerait juste avoir une douce journée, paisible, avec des colombes volant dans le ciel. Ne plus avoir peur et rêver à une vie meilleure plutôt qu’à une mort certaine et imminente.

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire