Bleu-blanc-rouge

Il ouvre les yeux sur un ciel très bleu. Il défripe son visage à l’aide d’auto-massages. Sa tignasse est hirsute.

Au chant des oiseaux qui habituellement habitent ses fins de rêves s’est substitué un vacarme tantôt sourd, tantôt strident. Des avions effilés tutoient le mur du son et font trembler les vitres.

Un coup d’œil sur le téléphone : 14 juillet. Ah, OK, se dit-il.

D’un pas agile il se glisse sous un filet d’eau tiède. L’arrosage domestique sa chevelure qu’il plaque sur son crâne avec ses 2 mains. Le savon parfume l’eau qui le lave. Il ferme les robinets, se sèche délicatement. Inutile de se frotter vigoureusement, cela activerait la circulation et la transpiration.

 

Il enfile un polo blanc, un short et se dirige vers la cuisine.

Casimir, le chat, l’y attend. Il est assis devant le placard des croquettes. Ce matin, il a été raisonnable. Il n’a pas ouvert lui-même la porte pour se servir comme un glouton. Un autre jour, le morfale avait dû être opéré et rester à la diète plusieurs jours.

Jean se prépare un petit déjeuner. Il boit son lait sous le vacarme des bombardiers. Il reconnaît leur vrombissement. A l’oreille il serait capable de déterminer l’année de construction.

 

Aujourd’hui, il sait que ces gros porteurs ne vont que montrer le bout de leur nez et leur fuselage à un chef d’état au regard fumé derrière des lunettes de soleil. Masque-t-il les larmes inévitables des dernières fois ? Dernier ballet de haut-vol pour le chef des armées ? Dernière rôle principal sur l’estrade place de la Concorde ?

Ou bien il dissimule un coquard, en plein jour de la cocarde. Madame a été son sparring partner de boxe, et elle n’a pas retenu ses coups. Elle aussi va sortir des feux de la rampe.

 

Les bombardiers sont allés alourdir leur ventre avec de l’eau, en espérant n’avoir embarqué aucun plongeur, ni autre gros poisson.

Leur destination sera la forêt de Fontainebleau où le feu fait rougir le ciel bleuté. Bleu + rouge ne fait pas du violet quand ça crame. Cela donne du noir.

Noir comme la mort des arbres, et gris comme les cendres de ce qui n’est plus.

Jean pense à ses camarades du ciel. Il remplit d’eau fraîche la gamelle de Casimir, lui sert quelques croquettes, et ferme les fenêtres.

 

Merci à Lyna, Alice, Naïla, Philippe, Marie-Jo, Assia, Aurélie et Cécile pour leur inspiration. 

 

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