veillée funèbre

Sa voix n’était plus qu’un doux murmure. Un murmure un peu cassé, comme un cloche fissurée qui laisserait passer plus d’air que de son. Autour de lui, certains s’affairaient, on ne savait pas à quoi. D’autres priaient. Beaucoup restaient silencieux par respect ou par  manque d’idées. Jean, lui, continuait de laisser son souffle traverser la fissure de son poumon, écoutant ce bruit ténu qu’il produisait, cherchant à y mettre du sens. Parfois il s’ennuyait à regarder tout ce petit monde rassemblé autour de lui, jouant à l’accompagner; parfois il imaginait leurs pensées, leur prêtant des idées folles. Eux ne savaient rien de ce qui le traversait bien sûr. Lui-même n’en était pas certain non plus. Trop de fissures, celles de la vie, celles de ses amours, et finalement celles de sa grammaire. Oui, c’est ça, la grammaire. Où l’avait-il cachée ? Sous la structure gonflable du Pont-Neuf, dans ses vieux livres, dans ses tableaux à l’huile ou dans la casserole en cuivre qui servait de pot de fleurs?

Mince, ses idées lui échappaient. Ne restait que ce râle sifflant.

Quelqu’un remonta ses oreillers ; sa tête bringuebala. Le mouvement sembla refermer quelques fissures dans son cerveau. Il les voyait se rétrécir, ces petits chemins de traverse qui le faisaient toujours voyager dans l’immensité des improbabilités.

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