Lettre à Ma chère Poussière

Ma chère Poussière,
J’ose à peine te demander de tes nouvelles.
Je sais que tu m’as attendue longtemps, si longtemps, tapie sous le tapis et partout ailleurs.

À l’époque je te faisais peur, je sais. Tout feu tout flamme, j’entrais dans ta demeure et t’envoyer virevolter, danser, sauter, t’envoler par la fenêtre que j’ouvrais avec fracas.
Tu ne sortais jamais indemne de mes visites, ma pauvre ! Et je ne me suis jamais demandé dans quel état tu te retrouvais après mes départs, sans mot doux ni chaleureuses salutations, je te laissais tomber et retomber.

Puis, semaine après semaine, mois après mois, année après année, je ne vais pas te mentir, je t’ai oubliée et t’ai laissée à tes coins.
Rassurée par mes absences répétées tu es parvenue à prendre de l’assurance, à t’affirmer, à grossir plus que de raison. Je me demande bien où tu trouves toutes ces friandises !? Tu as même déniché un amoureux et mis au monde un tas de petits « minous ». Je ne sais pas comment tu appelles tes enfants, ma chère Poussière, mais c’est ainsi que ma Maman nommait les bébés poussières : des minous. « Il y a des minous partout » disait-elle.

Par cette lettre, je t’informe aujourd’hui de mon grand retour. Tu as encore quelques jours devant toi, mais prépare-toi à un remue-ménage !

Avec le temps, j’ai appris la compassion, alors sois quelque peu rassurée, je vais faire un pacte avec toi.
Je sais que tu as protégé tous les objets familiaux avec amour et détermination, et pour te remercier de cette protection bienveillante, je te laisse quelques temps de répit pour t’organiser et te cacher. Je suis certaine qu’avec ton imagination tu sauras trouver mille petits coins où t’éparpiller avant mon grand retour.

Je t’embrasse chaleureusement, mais de loin pour éviter d’éternuer.

La fée du grenier.

Emma T.

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