L’ascension des choses du passé

Samedi dernier, j’étais au pied du K2. Mon K2. Je me demandai inconsciemment si cet exploit était atteignable.
Depuis deux ans, je repoussais l’échéance. La petite question n’était pas si je devais y aller, entre nous -je veux dire entre moi et moi- je n’avais pas le choix. La grande question était « quand ? ». Je ne suis pas une « sans-projet ».

J’aimais à penser, qu’après, cela serait unique. Mais je savais très bien ce que cela exigeait maintenant comme énergie, comme force physique, ce que cela impliquait comme fatigue, mais ce qui m’interrogeais le plus était le temps. Combien de temps pour y arriver ? Le temps a toujours été ma bête noire et si désormais j’en fais mon allié, mon temps bleu, il reste un bijou, un précieux, un luxe, une bougie rare que je veux brûler avec parcimonie mais volupté. Je divague.
Combien de temps mettrai-je à gravir les pentes encombrées des escaliers de ma maison et enfin arriver à son sommet, mon grenier, mon K2 ?

Après trente-cinq ans de petits arrangements avec l’espace, de mini-vêtements pliés et conservés avec soin, de peluches entassées, de Lego amoncelés, de papiers « emboités » …, après deux déménagements et leur lot de cartons jamais réouverts, mille souvenirs s’étaient retrouvés confrontés les uns aux autres sans affinités particulières ni logique, d’abord au fond de la pièce, puis plus au centre et enfin collés à la porte.

Et puis il y a eu toutes ces disparitions familiales, malgré le vide que chacune a laissé, elles ont tristement mais fermement concouru à finir de remplir ce pauvre grenier, jusqu’à déborder sur les marches des escaliers devenues ça et là bibliothèques ou DVDthèques de fortune.

Mais samedi matin, je me suis extraite de la vie angoissante d’aujourd’hui et de la guerre qui menace et j’ai trouvé le temps, mais aussi le courage et l’énergie, d’aller saluer les araignées et de leur expliquer que la fête était finie.
Dans six week-ends, avec mon goût pour le bonheur, je prendrai pleinement possession de mon grenier créatif, mon coin rêveur…

Emma T.

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