Des rames de papier, du blanc, du crème, du vergé, du chiffon, du satiné. Des étagères entières qui couvraient les murs. Des paquets de feuilles format raisin enveloppés dans du papier kraft.
Et puis des caractères. Pas du caractère, ça non, on ne lui connaissait aucune colère, aucun éclat. Mais des caractères en plomb, des tonnes de plomb, des tonnes de caractères bien rangés dans leurs casses. Et aussi des pages de plomb bien attachées, prêtes pour la presse, avec des milliers de mots. Parfois il y glissait un motif décoratif, parfois il les assemblait en cercle, parfois en sphère.
Il savait les agencer, les choisir avec délicatesse, les tailler, les ficeler. Cela devenait des livres, des poèmes, des recettes de cuisine, des tableaux, à l’encre verte comme le printemps, mordorée comme l’automne, noir comme les jours d’orage.
Il avait ses motifs préférés, la petite rose discrète, la virgule qui virevoltait en fin de paragraphe, l’allumeur de réverbère qui éclairait des papiers à lettre, la jeune- fille aux 3 pommes qu’il réservait à ses proches.
Il s’enfermait pendant des heures, cherchant, essayant, arrangeant, défaisant, refaisant. Des chiffons, des encres, des ficelles, du plomb.
Des mots, encore des mots, toujours des mots. Un monde de voix, de mots qu’il fallait lire pour les entendre. Toute une finesse discrète qu’il fallait chercher car il ne la disait pas.
Le livre fini, c’était beau, plein de mots qu’il ne dirait jamais. Il était taiseux.








