Spleen de mer


Ce sera son premier été à Paris. Elle n’a pas eu le choix. Ses parents n’ont pas pu lui faire de rallonge ce mois-ci. Les temps sont durs qu’ils ont dit. On ne peut pas te payer le billet ma biche. Essaye de te trouver un petit boulot et puis les vacances vont passer vite. Deux mois ce n’est rien. Elle sait qu’elle a de la chance d’être montée à la capitale, comme ils disent près de Saint-Jean de Luz. Mais elle avait attendu la fin des classes avec une telle impatience, qu’elle n’avait pas songé à la question financière. Surtout elle se languissait de revoir la mer. C’est pourquoi elle prenait souvent par les quais de Seine, faisant un énorme détour pour observer le géant vert. Elle avait bien songé à faire du stop ou à bla-bla car, mais sur place, ses parents avaient troquer leur spacieuse maison contre un deux-pièces en centre-ville. Difficile d’habiter deux mois avec ses parents dans 40 m². Elle sentit le spleen l’envahir, mais elle préféra se concentrer sur le flux incessant et boueux de la Seine. Elle fera ses mains dans ses poches et ressorti quelques euros. Elle devait avoir assez pour aller à la piscine. Après tout, se baigner l’avait toujours empêché de ruminer. Elle avait besoin de ressentir son corps flotter à la surface de l’eau. Deux. Se mettre au diapason des remous, capter le tempo de la vague. Toute l’année scolaire, son cerveau était un ébullition, une idée en chassait une autre, un argument en balayait un autre sans répit. Le flux incessant des idées et contre-courants la berceait. Une multitude de camarade, amis, proche et moins proche, échangeaient leurs opinions, leurs aspirations. Se déversement, elle le vivait avec la gaîté et la fraîcheur, qu’on attribue volontiers aux provinciaux. Elle n’avait jamais compris, ce que les parisiens « purs et durs » voulaient dire par là. Elle était intégrée, mais garder sa part de région, son originalité. Son accent, elle le gommait dès qu’elle le pouvait. Honnêtement, la diversité de Paris, l’avait subjuguée à son arrivée, puis intriguée, aujourd’hui, elle s’interrogeait. Mirabelle avait-elle toujours envie d’y résider. Elle s’arrêta devant une vitrine de maillot de bain vert à pois blanc grotesques. Le prix des minuscules bouts de tissus la révolta. Un souffle d’air chaud, lui par 20 brusquement. Elle senti l’air marin de ses baignade au bord de mer. Machinalement, elle passa la langue sur ses lèvres pour en goûter le sel qui y persistait naguère, mais rien.

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